Coup d ‘oeil sur la filière café en Haïti

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Officiellement, Haïti n’exporte actuellement que 30 000 sacs de café. Pourtant, environ 100 000 sacs passent la frontière illégalement », a révélé l’agronome Jobert C. Angrand, coordonnateur exécutif de l’Institut national du café d’Haïti (INCAH), lors d’une interview accordée récemment en exclusivité au journal Le Nouvelliste.
Agronome Jobert C. Angrand, coordonnateur exécutif de l’Institut national du café d’Haïti (INCAH)

Les 30 000 sacs de café exportés de manière officielle chaque année ont permis au pays d’empocher quelque 10 millions de dollars américains, selon le coordonnateur de l’INCAH, l’agronome Jobert C. Angrand. Le café haïtien est très prisé sur le marché international même si le pays ne figure pas parmi les grands producteurs. « Haïti est aujourd’hui un petit producteur qui n’exporte même pas 100 000 sacs de café de manière officielle. Dans le classement des pays exportateurs du café, nous sommes loin derrière la République dominicaine. Car, nous n’exportons même pas 100 000 sacs de café. Pourtant, les grands marchés du café, dont celui d’Italie, du Japon et de New York, s’intéressent au café haïtien pour sa qualité », a précisé le patron de l’INCAH sans tenir compte des labels dominicains sous lesquels se présente souvent le café haïtien. « Si le café haïtien est intrinsèquement de bonne qualité, cette dernière, a avancé l’agronome Angrand, se détériore au niveau de la préparation. C’est pourquoi Haïti peine à exporter un volume important de café de qualité sur le marché international. »

Malgré la bonne réputation dont jouit le café du terroir sur le marché international, le pays n’exporte que 6% de la production de ce produit. « Environ 65 à 67% de la production du café dans le pays est consommée localement », a affirmé le coordonnateur exécutif de l’INCAH. Celui qui depuis plus de quatre ans mène la barque de l’INCAH a effectué un bref état des lieux de la filière café ces temps-ci. « Pour le moment, il existe, à travers le pays, environ 80 000 hectares en café. A partir de cette superficie, éparpillée un peu partout dans le pays, la production du café représente environ 500 000 sacs. Sur cet aspect, il faut souligner que le rendement moyen en termes de superficie qui varie entre 300 à 400 kilo-hectares reste très faible. Thiotte est l’exception qui confirme la règle avec un rendement d’environ 800 à 900 kilo-hectares». Un classement des plus grandes zones de production du café dans le pays a été, du coup, communiqué par l’agronome Angrand. « Thiotte (Sud-Est) représente la plus grande zone de production dans le pays avec 10 000 hectares en café. Beaumont (Grand-Anse) est la 2e zone de production avec environ 9 500 hectares en café. La 3e zone de production est Baptiste (Plateau central) qui compte plus de 8 000 hectares en café. Ensuite, les zones Dondon, Plaisance, Pilate dans le Nord, Carice, Mont-Organisé et Vallières dans le Nord-Est ». La filière café en Haïti ne bénéficie pas vraiment d’investissements. « Le plus grand problème du café, c’est l’absence d’investissement. Il y a des petits projets, dont celui de « Kore kafe » et autres…

Mais pour relancer la filière café, il faut qu’il y ait des investissements publics et privés. L’Etat doit mettre des fonds disponibles pour appuyer la mise en place de pépinières et de nouvelles plantations. Il faut que des investisseurs privés mettent la main à la pâte, ce qui n’est pas le cas pour le présent moment. Les banques n’accordent pas de prêts aux producteurs de café ni aux coopératives évoluant dans la filière. Car, il faut deux à trois ans pour avoir une 1re production en ce qui concerne le café. Et, pour un café de meilleure qualité, il faut attendre jusqu’à cinq ans pour avoir la 1re production », a expliqué l’agronome Angrand, plaidant pour l’attribution de crédits spéciaux aux producteurs du café. « Le budget de l’INCAH augmente d’année en année, s’est réjoui le coordonnateur de l’INCAH. En 2008, le budget était de 4 millions de gourdes. Pour l’année 2010, il est passé à 10 millions de gourdes. Pour l’exercice 2011-2012, le budget était autour de 25 millions de gourdes. Mais, pour cet exercice 2012- 2013, il n’y a pas eu de budget propre au café. Toutefois, le ministère de l’Agriculture disposant de 70 millions de gourdes pour l’aménagement des bassins versants à partir de la plantation de café. Pour 2013-2014, il y a 48 millions de gourdes prévues dans le budget pour la filière café.»

Il y aussi le problème de la rouille qui attaque le café. Ce problème n’est pas spécifique à Haïti car tous les pays latino-américains font face à ce problème d’épidémie de rouille. « Tous ces pays latino-américains ont pris une résolution pour déclarer la rouille ennemi public en mars 2013, a fait savoir M. Angrand. Cette résolution a été aussi appuyée par le Parlement latino-américain. On a mis des fonds pour faire face au problème et pour la relance de la filière au niveau de la zone. Par exemple, en République dominicaine, cette résolution a été prise et la présidence a mis environ 180 millions de pesos à la disposition de l’institut chargé de travailler dans la filière café pour résoudre le problème de la rouille et aussi pour mettre le cap sur la relance du produit.»

En Haïti, le gouvernement a commencé par prendre des mesures mais elles ne sont pas suffisantes, selon le responsable de l’INCAH. « Les mesures prises par le gouvernement ne vont pas permettre de résoudre le problème de la rouille ni de contribuer à la relance de la filière café », s’est plaint le numéro un de l’INCAH, soulignant que la filière café constitue la source de revenus de quelque 200 000 familles. En outre, l’agronome Jobert C. Angrand a encouragé les producteurs de café à développer des parcelles diversifiées afin de produire parallèlement d’autres espèces au niveau de la filière. « Actuellement, près de 70% du verger caféier haïtien mérite d’être régénéré, a fait remarquer l’agronome Angrand. C’est-à-dire plus de 70 % du verger caféier compte plus de 20 ans.» Le café est une culture stratégique pour le pays, car non seulement il permet de protéger l’environnement au niveau des montagnes, mais c’est aussi une source de revenus importante pour quelque 200 000 familles.

Source : Le Nouvelliste, 15 juillet 2013 Gérard JEANTY Junior

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