Le Vietnam rebat les cartes du marché mondial du café

Publié le Mis à jour le

Le Vietnam est le deuxième producteur et exportateur de café dans le monde.
Le géant Mondelez y voit la tête de pont de son marché en Asie, où la consommation progresse de 4 % par an.


Il fait 30 degrés sur les hauts plateaux de Lam Dong dans le centre sud du Vietnam. A deux heures et demie de route de Hanoi. La chaleur moite envahit les arbres à café, dont les branches retombent en corolles souples chargées de grappes de grains verts. Le Vietnam est le deuxième producteur de café (22 millions de sacs de 60 kilos) dans le monde loin derrière le Brésil (50 millions de sacs), mais il exporte presque autant. Un commerce qui lui rapporte 3 milliards de dollars par an. L’américain Mondelez (ex-Kraft) vient d’y inaugurer le premier centre de formation des planteurs pour se préparer à répondre à la croissance de la demande de café en Asie. Le secteur, en plein essor, est stratégique pour le groupe.
Le marché du café s’est en effet déplacé depuis quelques années et, même si le Brésil demeure de loin le premier producteur mondial, les groupes agroalimentaires savent que c’est en Asie que la consommation va croître. Chaque année, elle augmente de près de 4 % depuis dix ans, alors que, dans les pays matures, elle n’a progressé que de 1,1 %, selon l’OIC (Organisation international du café).
L’enjeu aujourd’hui pour des poids lourds comme Mondelez ou Nestlé est de sécuriser leurs approvisionnements au Vietnam afin d’être en mesure de répondre à l’essor de la demande en Asie. « La consommation de café se développe sans arrêt, mais surtout en Thaïlande, en Corée, en Inde et en Indonésie. Très peu en Chine pour l’instant », explique Victor Gfeller, directeur de la division café de Mondelez pour l’Europe et les pays en développement. « Mais à Shanghai, il se boit déjà autant de tasses de café par an qu’en Europe, alors que les campagnes n’en consomment pas du tout », ajoute Hubert Weber, vice-président de la division café de Mondelez pour le monde. Ce qui laisse augurer la suite.
Au Vietnam, la campagne assoupie déroule mollement ses collines plantées de caféiers, d’arbres à thé et de mûriers pour les vers à soie. La récolte du café est encore loin. Elle ne commencera pas avant le mois de novembre. Les planteurs auront alors deux mois pour cueillir les grains mûrs. A la main pour beaucoup faute des moyens nécessaires pour acheter des machines et avec le secours hypothétique des voisins, eux-mêmes trop occupés. La récolte séchée, les planteurs de café la vendront aux collecteurs. Des personnages clefs dans la longue chaîne de commercialisation de cette production. Soupçonnés d’exploiter les producteurs, ils concentrent toutes les critiques. Ce sont eux qui vendent les engrais aux planteurs, à crédit. Un rapport de force qui leur permet de fixer le prix de la récolte, qu’ils livrent aux traders comme Ecom. Ceux-ci exportent ensuite vers les usines de Nestlé ou de Mondelez-Kraft, les plus gros acheteurs de café au Vietnam.
Aujourd’hui, les producteurs sont plutôt contents. Ils ont pu refaire en partie la trésorerie mise à mal par l’effondrement des cours, tombés de 3 dollars la livre en 2011 à 1,30 dollars en 2012. Le café est une matière première hautement spéculative. « Un jour certains sont millionnaires, le lendemain ils peuvent n’avoir plus rien », dit Trinh Xuân Thâu, un collecteur de la région. Lui ne joue pas à ce jeu-là. Ce qu’on appelle « le café papier », celui qu’on n’a pas encore acheté mais déjà revendu, est bien trop dangereux à son goût.

Spéculation et combines
Le café donne lieu à toutes sortes de pratiques douteuses. Stéphane Mahieu, le directeur de l’usine d’ Ecom à Lam Dong, incrimine volontiers les collecteurs. « Criblés de dettes et au bord de la faillite pour certains », ils n’hésitent pas à ajouter toutes sortes d’éléments indésirables dans les sacs qu’ils livrent à l’usine. Cela va des grains cassés, noirs, ou minuscules dans les cas les plus anodins aux boulons utilisés pour lester les sacs. Et ainsi à gonfler la facture. La poussière aussi est un facteur pondéreux. « Nous en avons éliminé 70 tonnes hier sur un chargement de 30.000 tonnes », dit le directeur de l’usine, qui nettoie, trie par lots et met en sacs prêts à exporter. Le café n’est jamais torréfié à ce stade, car il ne se garderait pas. Les grains sont expédiés verts aux industriels (Nestlé ou Mondelez) qui, eux, en revanche se chargent de la torréfaction.

Source : Marie-Josée Cougard, Les Echos

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