Au Guatemala, une coopérative caféière chez les amérindiens Chortis

Publié le Mis à jour le

Le café est le deuxième marché boursier mondial après le pétrole. Noir ou sucré, il fait vivre plus de 125 millions de personnes dans le monde. «Faire vivre » est un grand mot, car beaucoup de producteurs se situent sous le seuil de pauvreté.

Un Belge s’est inscrit dans la réalité des producteurs de café au Guatemala, l’espace de 12 ans, de 1994 à 2006. «Café Chorti », tel est le nom du café commercialisé par Dimitri Lecarte. N’entendez pas Chorti comme une traduction d’expresso, mais bien comme le nom d’une communauté indienne, constituée partiellement en coopérative de producteurs de café. Aujourd’hui, 1 000 familles chortis et un couple belgo-guatemaltèque contribuent à l’expansion de la coopérative.

Créer une coopérative

En 1994, Dimitri débarque comme coopérant dans les montagnes du Guatemala. Après deux ans de mission au sein d’une ONG belge, il s’intéresse aux producteurs de café. «En 1980, la Banque Mondiale a identifié et financé des nouvelles zones de production de cafés , pour satisfaire l’offre croissante» raconte Dimitri Lecarte. «Des techniciens de la Banque Mondiale, ont raconté aux chortis que dans cinq ans, ils seraient tous riches s’ils venaient à produire du café. » Mais cinq ans plus tard, les producteurs étaient loin d’être riches et ils ne savaient plus à qui vendre leur produit.

D’où l’idée de créer une coopérative. En 1997 : les producteurs mettent une partie de leur production en commun, afin de dénicher des nouveaux clients. « Il fallait aussi motiver les jeunes via la coopérative » s’enthousiasme encore Dimitri «ils n’étaient plus motivés, car le café ne valait plus rien. »

Jusqu’en 2006, la coopérative se développe, avec un Dimitri présent sur tous les coups. «J’étais plongé dedans, impossible de sortir de la casserole ne serait-ce que 15 jours. Qui sait ce qu’il allait arriver ? »

Retour à Ciney

La coopérative consolidée (les chortis revendent à des clients dans le monde entier), Dimitri se lance un autre défi : «se rapprocher du consommateur . » Depuis 2006, le cinacien cherche à commercialiser le café chorti dans nos contrées, sous la forme d’un produit fini (Le café Chorti est torréfié à Dinant).«Si nous voulons préserver un rapport qualité/prix, il fallait supprimer les intermédiaires et maîtriser la filière du début à la fin. »

Non sans difficultés. Bien que le café dore toujours abondement sous le soleil guatémaltèque, l’avenir de la coopérative est compromis. «Un important partenaire, une société d’Épargne et de Crédit, va se retirer en septembre sous la pression des banques du pays. »

Cette société s’occupait du préfinancement des producteurs et des contenairs, entre autres vers la Belgique. «Je ne perds pas espoir, en septembre sera créé une coopérative de consommateurs en Belgique . Ils financeront collectivement l’arrivée des contenairs. Mais un seul contenair, c’est 100 000 euros. » Un grain de plus à moudre pour le plus chorti de tous les cinaciens.

La mise en place de la coopérative ne s’est pas faite sans quelques remous parmi les Indiens Chortis, exploités par des spéculateurs sans scrupules.

La coopérative est désormais bien implantée dans la région Chorti. Pourtant, ce ne fût pas toujours le cas. «Les producteurs l’appelaient ‘la coopérative de Dimitri’, alors que je n’étais pas membre. À cause de ma présence, ils se mettaient des freins et n’osaient pas aller contre moi.  C’est à partir de mon départ qu’il y a eu une véritable appropriation. »

Une forme de respect propre à la communauté Chorti, qui allait à contre-courant de la nécessité pour les producteurs de s’identifier à la coopérative.

Une idée qui dérange

Le café est un des moteurs économiques du pays depuis le XVIIIe siècle.

Dans un climat économique peu accueillant, la création de la coopérative allait à l’encontre des intérêts des «commerçants », sorte de chefs locaux enrichis par l’exploitation du café (via des moyens souvent peu démocratiques). «J’ai reçu de réelles menaces de mort. Tout comme les producteurs de café, leur simple identification à la coopérative les mettaient dans des situations de danger. »

Les Chortis, marqués par les diverses guerres civiles, redoutaient une expédition punitive orchestrée par les «commerçants ».

«Ce que l’on fait, c’est pourtant une goutte d’eau dans l’océan. Mais l’idée seule gênait. » Dimitri raconte encore avec un air prudent une anecdote avec un commerçant, qui lui avait demandé conseil «Il en avait pour 300 000 euros de stock de café.

Il m’a demandé s’il devait vendre et je lui ai répondu par l’affirmative. Heureusement, le lendemain, le cours du café chutait. Je ne sais pas ce qu’il m’aurait fait si cela avait été l’inverse »

Heureuse coïncidence

Il a fallu attendre l’installation d’un bâtiment, destiné à sécher le café, pour arrondir les relations. «Je me suis mis la coopérative à dos sur ce coup-là. Ils avaient tous peur. Par chance, cela a fonctionné. Une installation, louée aux commerçants et utilisée également par la coopérative. Le prix de location couvrait le coût du séchage pour les coopérants…» Avec le temps, du bluff, quelques bonnes relations et surtout de la chance, la coopérative fut acceptée dans l’échiquier régional. «À un moment, c’était tellement chaud que j’ai dû me retirer. Ce que je n’ai pas regretté, car c’est comme cela que j’ai rencontré Sarah! » s’enchante Dimitri, sourire aux lèvres.

Source : L’avenir

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