Le café sauvera-t-il Barradères ?

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10 heures 12. Depuis trente ans, c’est l’heure qu’indique l’horloge de l’église Saint-Pierre, à Barradères. Ici, tout ou presque semble figé. Sur la place du marché, des maisons en bois, quelques faux gingerbreads, d’anciens entrepôts racontent l’histoire des lieux. Le temps des spéculateurs de café, quand cette ville cuvette grouillait de paysans descendus des mornes avec ce précieux grain pas toujours acheté à bon prix.

Eddy Mathieu, 69 ans, avait bien connu cette époque. Aujourd’hui, la nostalgie habite ses lèvres. « Tout le monde est parti . Les Etienne, les Cadet, les descendants du Syrien Aboulich Kalil, regrete Eddy Mathieu, préoccupé par la descente aux enfers des Barradères. Il n’y a plus de « mazonbel », plus de café », détaille ce vieux bonhomme, assis à l’ombre pour ne pas être écrasé par le soleil.

Il n’est pas le seul à planter sa vie dans le décor sans ride de la déchéance. Mimose Delcy, 52 ans, restée dans son patelin, elle aussi, enseigne depuis 16 ans à l’école nationale. Elle aide à la formation de la nouvelle génération. Cette éducatrice, comme d’autres, a une longue liste de revendications. Elle souhaite des infrastructures de drainage pour éviter les inondations. Lors du passage de Sandy, les eaux ont atteint deux mètres de hauteur, explique Mimose Delcy, reconnaissante envers le sénateur Jocelerme Privert. Le sénateur, indique-t-elle d’un autre souffle, avait joué sur ses relations et obtenu une route en terre battue de 20 kilomètres entre Petit-Trou-de-Nippes et Barradères. Les équipements du Centre national d’équipements (CNE) ont dompté la montagne en deux ans, entre 2010 et 2012.

« Cette route a retiré Barradères de l’enclavement », se réjouit Jocelerme Privert, qui mène d’autres combats. Dont celui pour stopper le déboisement et encourager des investissements publics susceptibles d’améliorer les conditions d’existence des 52 000 habitants répartis dans les 5 sections communales de Barradères.

C’est encore jouable, le café, selon l’agronome Jean-Claude Kersaint. Il faut donner un encadrement technique aux producteurs. Et, le plus important, est de s’assurer que le café se vend à un bon prix. « Dans le temps, c’étaient les exportateurs qui bénéficiaient des coûts du café », explique l’agronome, déplorant du même coup la parcellisation des propriétés. Et ce n’est pas l’unique problème.

Ces temps-ci, les jeunes agriculteurs donnent leur terre en fermage pour s’acheter des motos. « Ils croient pouvoir gagner plus d’argent dans le taxi moto », confie le curé Jacques Jude Pierre Junior. Ceux qui restent doivent être formés, soutient le religieux, très impliqué dans l’agriculture et l’élevage dans cette communauté. La plaine des Barradères est encore fertile et des familles entières vivent de la pêche, comme dans d’autres communes du département des Nippes. « Il faut plus d’investissements publics dans les secteurs productifs de l’économie dans ce département », croit Philippe Bélizaire, un distillateur établi sur des terres exploitées par son père.

Cette ville, en dépit de tout, séduit. Quand les nuages repoussent les assauts du soleil, en fin d’après-midi, déambuler dans les rues laisse l’impression d’être dans un western, sans les duels au revolver. Au terminus de la rue de l’église, à l’ombre des flamboyants, des pirogues glissent sur un bras d’eau douce qui se jette dans la mer des Barradères dont l’embouchure, malgré l’ensablement, arrache un « wow » d’admiration de la bouche des visiteurs à qui on conte l’histoire de cette ville, devenue l’ombre d’elle-même.

Source : Roberson Alphonse, Le Nouvelliste

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